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Le MARQUIS de SADE

Le Marquis de Sade, par Jean-Pascal HESSE

 

C’est juste après mes études secondaires que je découvris pour la première fois Lacoste et son vieux fortin millénaire… Le Marquis de Sade m’était alors totalement inconnu… Mais l’endroit me plût ! La situation du château, ce Luberon d’une lumineuse beauté m’inspirèrent au premier coup d’œil. Des années plus tard, grâce à Pierre Cardin, les lieux me devinrent familiers et la personnalité du Marquis si controversé commença à me fasciner… Sa vie sulfureuse, ses écrits incandescents m’interpelèrent.

 

A l’occasion du bicentenaire de sa mort, il m’est aussi apparu opportun de célébrer à ma façon Sade et de raconter la vie de cet homme si extravagant et de mettre en lumière cet homme qui fut voué une grande partie de sa vie aux ténèbres.

 

Venu jusqu’à nous comme homme de lettres, romancier, philosophe et homme politique, Donatien Alphonse François de Sade est l’un des maîtres de l’imaginaire et du fantasme. Mais effectuer une étude complète et fouillée sur le marquis de Sade s’avère ardue : force nous est de constater que, malgré le zèle de ses biographes, sa vie et son parcours nous sont encore, pour une large part, inconnus. Aucun portrait absolument authentique ; de médiocres descriptions par des tiers. Il est ainsi souvent nécessaire de faire appel à des écrits de justice – ce qui est parfois subjectif.

Nous pouvons donc avancer que cette situation, assez particulière, favorise une sorte de « mystère » autour du personnage. Sa réalité est difficilement accessible, alors on invente, on rêve et on fantasme… injustement !

 

L’une des caractéristiques essentielles de son existence est sa vie de reclus, de forçat, d’aliéné, durant laquelle il a écrit des milliers de pages. Mais la plupart de ces productions sont désormais perdues ou détruites ; le temps et les hommes ne nous ont laissé qu’une partie de son oeuvre : ses périodes de détention permettaient, à l’entrée comme à la sortie, de confisquer une partie de ses écrits et de les disperser aux quatre vents. Le 14 juillet 1789, date symbolique s’il en est, une grande partie de son chef-d’oeuvre, Les Cent Vingt Journées de Sodome, ou l’École du libertinage, est perdue… Michel Foucault dit qu’il versera, au sujet de ce saccage, des « larmes de sang. » Quant à l’essence même de ses textes, son appel aux sens et aux émotions du lecteur, constitueraient même pour certains une exhortation à une forme de stimulation sexuelle…

 

Athée, adepte d’un érotisme fort, porté d’une façon imaginaire et/ou réelle vers des actes de violence et de cruauté, il reste une sorte de héros hors normes, d’un genre peu répandu dans notre littérature. De tout temps, de nombreux auteurs (Apollinaire, Aragon, Boccace, Diderot, La Fontaine…) se sont livrés à cet exercice, soit sous leur nom, soit sous un patronyme d’emprunt. Mais, ici, on reste globalement dans « l’alimentaire » ou dans le « transgressif ». Sade est sans doute le premier homme de lettres à avoir tenté de faire de ce sous registre, un registre à part entière.

Détenteur de droits seigneuriaux sur les corps et les esprits de son époque, il avait (presque) tous les pouvoirs sur « ses » gens. Au fond, il ne faisait pas pire que bien d’autres seigneurs mais, lui, l’écrivit. Souvent nommé le « divin marquis » (en souvenir de Pierre Arétin, dit le « divin Arétin », cet auteur italien du XVIe siècle qui affectionnait les écrits pour le moins libertins), ses textes tournent en dérision la société de son temps et ses symboles – le mariage et la religion.

 

Le XIXe siècle, férocement pudibond et porteur des valeurs de l’ordre moral, tentera comme il pourra de sceller ces écrits pour le moins sulfureux. Et, au final, il réussira. La première partie du XXe siècle fera de même, écrasée qu’elle est alors à digérer deux conflits mondiaux. Mais, dans les années 1950, un éditeur hors normes, Jean-Jacques Pauvert, va réussir à faire rééditer ces oeuvres, malgré les charges des conservateurs de tout poil et les bigots. La société lui intentera un procès, qu’il gagnera en appel. Nous sommes en 1957 : le gaullisme, qui préfère les écrivains officiels (Druon, Malraux…), ne réussira pas plus que la IVe République à le faire taire. Ses petits ouvrages à la couverture verte vont se diffuser. Dans les années 1970-1980, les cours de Michel Foucault, au Collège de France, puis la publication d’oeuvres exhumées, dans la collection de la Pléiade (en 1990), feront de Sade un auteur à part entière.

 

Sade est un archétype de la littérature. Certains auteurs créent des types : Aragon avec Aurélien, Hugo avec Cosette, Defoe et Tournier avec Robinson Crusoé, ou Camus avec Meursault. Sade, quant à lui, est si dense et si « lourd » dans notre histoire littéraire, qu’il a donné son nom à un néologisme, à un type de littérature et de sexualité : le sadisme – synonyme de mal, de perversion, de cruauté, et traduit en de très nombreux idiomes. Et pourtant, qu’en est-il exactement ? Cet homme sera un soldat et un libertin ; il présidera une section jacobine ; homme de lettres, auteur et metteur en scène de théâtre, il sera pourtant relégué à l’asile de Charenton ; il est, et sera toute sa vie, un descendant d’une auguste lignée, et, lui aussi, à son tour, cherchera à perpétuer son nom et son sang.

Son équilibre, il le trouvera dans le Luberon, cette terre fondatrice et dans son château de Lacoste, son havre de paix et son salut.

Sade descend de cette noblesse d’épée qui s’est taillée une route à coups de fleuret et de sabre. Il sera néanmoins séduit par l’esprit bourgeois des Lumières : il a créé le concept de « bon plaisir » et tente, en même temps, de fonder idéologiquement, sans y arriver, cette revendication d’associer deux groupes sociaux – il conclura cependant que les intérêts du maître et ceux de l’esclave sont inconciliables. Le paradigme absolu de cette théorie sera aussi le fond de ses Cent Vingt Journées de Sodome. On ne peut qu’avoir peur devant cet homme d’extrémités, voire d’extrémisme : « Assumer l’injustice comme telle, c’est reconnaître qu’il y a une autre justice, c’est mettre en question sa vie et soi-même. »

Finalement, Donatien de Sade réussit, autant à travers ses écrits que sa vie, une traversée de la vie politique française, si riche en ces temps de Lumières et de Révolution, sans jamais attirer la moindre sympathie…

 

Henry de Montherlant aimait à dire : « Se faire des amis est une occupation de boutiquier […]. Se faire des ennemis est une activité d’aristocrate ! » Avec Donatien de Sade, nous sommes dans la très haute noblesse.